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Hermann Nitsch, Passionsfries
[Frise de la passion], 1962
Blanc d'Espagne sur toile de jute, sang de boeuf et pigments

 

NITSCH,
FRISE DE LA PASSION

Depuis 1957, Hermann Nitsch, artiste actionniste viennois, a posé les bases de son œuvre d'art totale sous la forme d’un Orgien Mysterien Theater [théâtre des orgies et des mystères], conviant tous les sens : toucher, odorat, sexualité, etc., lors de mises en scène souvent baroques, extrêmes et sanglantes.

  • La part du sang versé est essentielle dans son œuvre, notamment dans ses tableaux où le sang est traité comme un pigment mêlé à de la peinture (Schüttbild). Nitsch peut sembler détourner ici le symbolisme de la transsubstantiation inscrit dans la Passion du Christ au moment du Dernier Souper («Ceci est mon corps. Ceci est mon sang»). Pour autant, cette « déchristianisation » du sang qu'il opère, en iconoclaste protestant, n'exclut pas sa dimension sacrée : il déplace celle-ci vers un paganisme proche de l'élément dionysiaque de l’art, que Nietzsche appelait à retrouver dans sa Naissance de la tragédie, par une forme de libération et d'exaltation absolue de la vie dans le sacrifice de l'ordre établi.

  • Hermann NITSCH
    Passionsfries [Frise de la passion], 1962, 189 x 901,5 cm, Kunstsammlung Nordrhein Westfalen, Düsseldorf