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Francisco de Goya, Nada. Ello dirà [Rien. On verra bien], vers 1810-1823
Estampe

 

GOYA,
NADA. ELLO DIRA

L'œuvre de Goya est un prêche contre l'absurde, la tyrannie, l'imposture, le malheur.
Elle marque ici de manière emblématique l'engagement utopique des créateurs, leur volonté eschatologique de tourner la page d’une civilisation qu'ils jugent corrompue.

  • Révolté contre Dieu, au nom du mal, Goya oppose aux clartés néoclassiques l'obscurité des « désastres de la guerre ». Avec Nada. Ello dirà, l’artiste affirme l'absence de toute transcendance. Un cadavre tient dans sa main décharnée le message qu'il nous adresse depuis l’outre-monde : «Nada», il n’y a Rien.

    Derrière ce messager de la mort, des figures grotesques grimacent ; devant elles, surgie de l’obscur, une balance brinquebalante qui n’est déjà plus celle de Saint Michel, mais qui est encore celle du Bien et du Mal, nouvelle horloge de notre destin, ultime enjeu d’un monde privé de la loi divine.

  • Ce sont les mêmes conséquences entrevues par Dostoïevski en 1880 qui firent s'exclamer au père Karamazov : « Mais qu'est-ce que c'est, l'homme, après ça ? Sans Dieu, je veux dire, et sans vie future ? Parce que, donc, alors, maintenant, tout est permis, on peut tout faire ?»

     

     

     

    Francisco de GOYA, Nada. Ello dirà,
    [Rien. On verra bien], vers 1810-1823,
    41,5 x 54 cm, estampe, planche 69 des Desastros de la guerra [Désastres de la guerre], BNF, Paris