Huang Yong Ping parle de sa sculpture exposée dans le forum du Centre Pompidou à l’occasion de Traces du sacré :


Ehi ehi Sina Sina, 2006

HUANG YONG PING

L’artiste chinois Huang Yong Ping présente ici une œuvre dont le titre, Ehi Ehi Sina Sina, est extrait du mantra de la compassion et défie la traduction, car il synthétise l’enseignement du Bouddha sur la « vérité totale » et les causes de la souffrance.

  • L’œuvre représente un moulin à prière surdimensionné, que le croyant fait tourner par un mouvement du poignet, et qui contient, selon la tradition, un rouleau de soie sur lequel est transcrit le célèbre mantra «Om mani pémé houng». Chaque tour de la roue équivaut, pour les bouddhistes, à la récitation d’une prière chargée d’énergie sacrée. Celle-ci, se déployant dans toutes les directions de l’univers, concourt à dissiper le mal dans le monde.

  • Huang Yong Ping s’installa en France à l’occasion de l’exposition «Les magiciens de la terre» au Centre Pompidou en 1989. Figure majeure de l’art d’avant-garde chinois des années 1980, il vit nombre de ses œuvres interdites par le gouvernement. Le mouvement «Xiamen Dada», dont il est le fondateur, et qui a pour mot d’ordre « Le zen est Dada, Dada est le zen », manifeste son goût du paradoxe et de la déconstruction, produite par l’assemblage de significations hétérogènes.

  • Démesurément agrandi, cet objet incarnant l’emblème de la spiritualité bouddhiste tibétaine met en lumière les dangers de la relation entre religion et politique. Cette œuvre conçue il y a sept ans a déjà été réalisée en différentes versions. La forme du moulin évoque une immense massue dont le tournoiement impressionnant renforce l’effet menaçant. La puissance qui s’en dégage s’oppose au principe de non-violence inhérent au bouddhisme.

  • Pour l’artiste, la religion est une autre forme de la politique, et la politique une autre forme de la religion. Le lien entre ces deux versants de l’organisation sociale lui paraît contribuer à la violence du monde. Alors que la question religieuse est présente dans nombre des conflits qui embrasent le monde actuel, cette sculpture de Huang Yong Ping - qui déclare «Chaque fois que la globalisation inéluctable avance d’un pas, un dieu se retire !» - nous donne à méditer sur les relations entre le sacré et la violence.